Emmanuelle Drouet

Psychologue clinicienne


Cabinet paramédical
6, rue de Plaisance
94130 NOGENT/MARNE
Tél. : 01.48.72.74.89
drouet.psychologue@free.fr


D.E.S.S. de psychologie clinique

Thérapeute praticienne en TCC - AFTCC

D.U. Troubles du comportement alimentaire

Numéro ADELI :
94 93 0283 0

Plan du quartier >>

« Nouveaux pères » : Peut mieux faire!

Voici un article qui m’a intéressée et que je voudrais partager avec vous, paru dans le magazine Sciences Humaines de décembre 2011 et rédigé par Xavier Molénat sur les PAPAS !!!!!! Je vous laisse le découvrir. Le ton est donné à la lecture de sa première phrase…


Présents, affectueux, disponibles : les pères d’aujourd’hui se veulent très impliqués. Mais cela ne veut pas forcément dire qu’ils en font beaucoup…

« Le père est une mère comme les autres », assure Damien Lorton. Dans le livre auquel il a donné ce titre , cet ancien cadre financier raconte avec humour les deux années qu’il a passées en congé parental, voué aux soins quotidiens de ses trois filles, Manon (4 ans), Jeanne (2 ans) et Louise (3 mois). À lui les biberons au milieu de la nuit et la course à l’habillage du matin. Viennent ensuite, en fin d’après-midi, la tournée école-square-crèche et les immuables rituels du soir : bain, repas, dodo. Dans cette parentalité à fronts renversés, c’est la maman (Julie) qui se presse le soir en espérant arriver à temps pour assurer le « cérémonial du coucher ». Et lorsqu’ils sont invités à dîner, explique D. Lorton, « les mères et moi parlons de l’école, tandis que Julie, après avoir fait leur connaissance, cause boulot avec les pères ». Tout au plus concède-t-il quelques restes de virile maladresse : «  Je ne sais pas faire de nattes ni choisir des vêtements, et encore moins en acheter. Je suis pris de vertige lorsque j’ouvre une armoire et serais bien incapable de couper des cheveux (…). Selon la mystérieuse ligne de partage des tâches dans le couple, je ne coupe pas non plus les ongles. » Il est par ailleurs « tout à fait capable d’oublier de mettre une couche à Louise ». On lui pardonnera bien volontiers.

Bien sûr, tous les pères ne sont pas aussi héroïques. Néanmoins ceux interviewés dans les (étonnamment) rares enquêtes qui leur sont consacrées font généralement preuve d’une certaine volonté de s’impliquer. Une recherche sur l’implication des pères à la naissance de leur enfant  montre ainsi des hommes qui, s’ils pensent toujours devoir incarner la figure de l’autorité, n’entendent pas s’y laisser réduire. Cyril affirme sa volonté d’avoir aussi un rôle « de l’ordre de l’affectif, de la tendresse. Je n’ai pas envie de me priver de ça ». Rodolphe adore même les moments charnels avec son bébé : «  Quand tu passes un quart d’heure et que le bébé se laisse faire parce qu’il est massé, parce qu’il est bien, parce qu’il pourrait presque ronronner comme un chat tellement il prend son pied, c’est génial. »

Une enquête comparative sur les pères en France et en Allemagne révèle les vertus hexagonales à cet égard . En Allemagne, la conception très traditionnelle des rôles parentaux freine certains hommes qui voudraient s’impliquer davantage : Jürgen juge par exemple important que « les deux parents soient là à parts égales », mais il part du principe « que sa future femme attendra de lui qu’il prenne en charge la famille » en se consacrant à son travail « et il s’y prépare ». En France, où la garde des enfants est pour une bonne part externalisée (crèches, assistantes maternelles) et le travail des mères largement accepté, les pères (futurs ou avérés) disent leur volonté d’être présents pour leurs enfants. « Le voir un petit peu le soir alors qu’il va bientôt se coucher, et un petit peu le matin avant d’aller travailler, ce n’est pas génial, c’est un peu léger », juge Benoît. « Non, j’aimerais bien pouvoir m’en occuper. » Sammy, lui, se rêve en « papa poule », père au foyer « disponible tout en ayant un travail ».

Des discours… aux pratiques

Tant de bonne volonté émouvrait presque si, quittant le monde éthéré des discours, l’on n’allait jeter un œil à la froide réalité statistique. Un saut qui oblige à constater un sérieux décalage entre les discours et les pratiques. Moins de 4 % des congés parentaux, par exemple, sont aujourd’hui pris par les pères, soit environ 20 000 hommes au profil souvent atypique (salaire et diplômes inférieurs à ceux de la compagne, insatisfaction au travail…) . Les tâches parentales restent également assurées par les femmes pour l’essentiel. Les pères ne sont certes pas totalement absents : ils s’impliquent de manière assez importante dans les loisirs des enfants (tâche partagée équitablement entre le père et la mère dans deux couples sur trois), et secondairement dans le coucher ou encore dans les trajets quotidiens (école, loisirs…). On sait par ailleurs qu’ils participent d’autant plus que leur compagne travaille et qu’elle a fait des études supérieures. Quoi qu’il en soit, la mère garde généralement « une quasi-exclusivité pour ce qui concerne la prise en charge des enfants malades, l’habillement et les devoirs  ». On observe même, jusque dans les couples les plus égalitaires, qu’au fur et à mesure que les enfants grandissent, les pères se désengagent des quelques tâches qu’ils assuraient, soit que l’enfant les accomplit seul, soit qu’elles sont prises en charge par le grand frère ou la grande sœur (trajets jusqu’à l’école, par exemple) (6). Quant aux enfants élevés par un père « en solo », ils n’étaient que 300 000 en 2006. Ce n’est certes pas négligeable, mais reste assez loin des presque 2 millions d’enfants vivant avec une mère isolée (sur un total de 13,5 millions de mineurs) .

Une paternité loisir

Les « nouveaux pères » seraient-ils donc de fieffés menteurs ? C’est plus complexe que cela, explique la sociologue Sara Brachet. Car en matière d’implication parentale, les pères ne se comparent pas aux mères et ne réfléchissent pas en termes d’égalité ou de partage des tâches. Ils disent vouloir, plus modestement, « avoir un rôle » dans la vie de l’enfant. Ce qui passe moins par une présence de tous les jours que par le partage de quelques moments choisis, généralement le week-end, où ils se consacrent entièrement à leurs petits, le temps d’une balade en forêt ou d’une partie de foot. D’où leur sentiment sincère d’être pleinement investis dans leur rôle paternel, malgré la faiblesse objective de leur participation aux tâches domestiques. Étienne contraste ainsi la manière dont ils s’occupent de ses deux enfants et celle de sa compagne, qui gère quasiment seule le quotidien : « Moi, je ne suis pas souvent là, mais j’essaie, quand je suis là, vraiment, de partager des moments qu’ils peuvent apprécier (…). Ma petite femme, elle est terre à terre, elle fait autre chose pendant que les enfants jouent. Il y a ce manque de partage, un peu. »

Pour l’essentiel, la paternité reste donc envisagée comme un loisir, intense mais ponctuel. Elle n’entraîne que rarement une réorganisation de la vie professionnelle (partir plus tôt le soir pour pouvoir aller les chercher à l’école, par exemple). Seuls 6 % des hommes déclarent en effet avoir connu un changement dans leur travail (modification d’horaires, réduction ou arrêt de l’activité, changement de poste…) lié à l’arrivée d’un enfant, contre près de 40 % des femmes, et ce quel que soit son rang de naissance. Il est vrai qu’ils n’y sont guère encouragés par un monde du travail qui commence à peine à réaliser que la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle concerne aussi les hommes (cf. la proposition récente de Laurence Parisot, présidente du Medef, de rendre obligatoire le congé paternité de onze jours, qui n’est pris que par deux pères sur trois).

Surtout, ils ne s’attirent que très peu de reproches de leurs compagnes, qui approuvent assez largement cette vision asymétrique des rôles parentaux et se satisfont d’un investissement paternel limité à certaines tâches, plutôt agréables et valorisées. Pour beaucoup, le père reste avant tout celui qui incarne l’intransigeance : comme le dit Élise, il est surtout là « pour recadrer les choses, avoir une autorité peut-être plus forte, pour imposer certaines choses ». Les pères ont encore un bout de chemin à parcourir avant d’être tout à fait « nouveaux »…

Source : Magazine Sciences humaines N° 232 – décembre 2011 – Comment être parents aujourd’hui?

Les commentaires sont clos.