Emmanuelle Drouet

Psychologue clinicienne


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D.E.S.S. de psychologie clinique

Thérapeute praticienne en TCC - AFTCC

D.U. Troubles du comportement alimentaire

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Les enfants peuvent souffrir de trop d’amour…

De plus en plus d’enfants souffrent de trop d’amour

D’après Serge Héfez, en surprotégeant leurs petits, les parents prennent le risque de mal les aimer.

Serge Héfez est psychiatre, thérapeute de couple et de famille et également responsable de l’unité de thérapie familiale du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Il évoque dans son dernier livre dont je vous préciserai les références à la fin de cet article, les liens emmêlés des familles fusionnelles, où plus personne ne sait vraiment qui il est et où chacun ne vit plus qu’en fonction des émotions des autres, en particulier les enfants.

Je voulais partager avec vous quelques unes de ses réponses à des questions posées par une journaliste

Un enfant épanoui, est-ce d’abord un enfant aimé ?

Serge Hefez : Pas uniquement. L’amour, c’est l’essence dans le moteur ; c’est la condition émotionnelle pour que l’épanouissement ait lieu mais ce n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est l’action, la dynamique de vie. Etre collé les uns aux autres sur un canapé devant la télévision, en se murmurant des mots tendres, n’est pas une fin en soi. Il faut inscrire la famille dans un mouvement. Le rôle d’un parent est de pousser un enfant dans la vie, de lui apprendre à se séparer. Si on ne le laisse pas faire ses expériences, si on ne sait pas lâcher sa main, il ne marchera pas seul. Dans mes consultations, je rencontre de plus en plus d’enfants qui souffrent de trop d’amour.

Comment est-il possible de souffrir de “trop d’amour” ?

En n’arrivant pas à trouver en soi la sécurité intérieure suffisante pour envisager de prendre de la distance. Si les parents sont trop projetés à l’intérieur de leur enfant, si leur bien-être ne passe que par celui de l’enfant, ce dernier le ressent et s’en inquiète. Il lui devient impossible de se séparer sereinement. Plus personne ne sait quel est son ressenti, quelles sont ses émotions propres, ce qui appartient à soi, à l’autre ou au groupe. La famille devient un magma d’émotions contradictoires dans lequel tout le monde se noie.

Les psys ont toujours affirmé : “Du moment que vous les aimez, rien n’est grave”… Vous pensez que cela n’est pas si simple ?

L’idée que l’enfant est un être merveilleux, doué de potentialités illimitées, qu’il ne faut pas brider au risque d’entraver son épanouissement a marqué les années 1970. Mais cette idée-là, notamment véhiculée par Françoise Dolto, a été poussée à son paroxysme. Parents et enfants se retrouvent dans une situation où ils n’en font jamais assez et tous culpabilisent. Prenons un petit garçon qui fait un caprice parce qu’il veut un gâteau avant de dîner. Si je suis dans l’empathie avec mon enfant, si je confonds ses désirs et les miens, je le lui donne parce qu’il en a vraiment envie et que je ressens le plaisir qu’il a à le manger. Si je suis à ma place d’adulte, je vais lui expliquer que l’on ne mange pas un gâteau avant de passer à table. C’est là où se joue cette différence subtile entre aimer l’autre convenablement – comprendre ce qu’il ressent –, et l’aimer trop – projeter ses émotions sur lui, éprouver comme lui, pour lui, au risque de l’empêcher de se construire son propre mode de perception.

Pourquoi est-ce si difficile de ne pas se projeter dans nos enfants ?

Les frontières entre parents et enfants deviennent de plus en plus difficiles à établir parce qu’il faut courir le risque d’être haï. Or la haine est une autre facette de l’amour. Nous avons tous été enfants. Nous avons tous ressenti de la haine à l’égard de nos parents, quel que soit l’amour que nous leur portions. Aujourd’hui, les parents ne supportent plus celle de leur enfant. Tout comme ils refusent de s’entendre, parfois, le détester. Regardez les images de la famille véhiculées par la société, regardez les téléfilms idylliques : ce qui est toujours mis en avant, c’est l’amour, facteur positif, contre la haine, facteur négatif. Or ce sont les deux faces de la même médaille.

Aider son enfant à s’épanouir, c’est accepter qu’il ne soit pas toujours heureux ?

Exactement. Faisons le deuil de la perfection et cessons de culpabiliser. Il faut sortir de l’idée que notre rôle de parent est de lui éviter d’éprouver de l’angoisse, de la tristesse, de la dépression. Une vie sans angoisse, sans tristesse et sans dépression, cela n’existe pas, et nos enfants s’y trouveront inévitablement confrontés. Il faut les sécuriser afin qu’ils vivent ces moments-là de la meilleure façon qui soit, mais nous ne devons ni leur éviter les épreuves, ni combler leurs manques.

Est-ce qu’il faut alors considérer comme normal que son enfant soit triste ?

Bien entendu. Ces sentiments ne sont pas des maladies, arrêtons de craindre qu’il ne les attrape. Et Dieu sait que notre « société Prozac » a tendance à nous faire confondre la tristesse et le deuil avec la dépression. Il faut entendre la souffrance de l’enfant, en l’accompagnant, mais sans tenter de la vivre à sa place. Sinon, on en fera un adulte « insécure » qui ne se sentira pas bien à l’intérieur de lui-même. Cela risque de se manifester de deux façons opposées : soit il sera toujours en recherche de sécurité affective sans jamais la trouver, faute d’estime de soi ; soit il sera dans l’affirmation caricaturale de lui-même et cela se fera dans l’asservissement et le mépris de l’autre.

Dans les deux cas, il aura besoin des autres de façon addictive. Ce sont les mêmes mécanismes que l’on voit chez les enfants qui ont manqué d’amour. Trop ou pas assez empêche d’être en justesse avec soi-même.

A lire:

Quand la famille s’emmêle (Hachette, 2004)

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