Emmanuelle Drouet

Psychologue clinicienne


Cabinet paramédical
6, rue de Plaisance
94130 NOGENT/MARNE
Tél. : 01.48.72.74.89
drouet.psychologue@free.fr


D.E.S.S. de psychologie clinique

Thérapeute praticienne en TCC - AFTCC

D.U. Troubles du comportement alimentaire

Numéro ADELI :
94 93 0283 0

Plan du quartier >>

Vivre avec un pervers narcissique…

Je rencontre régulièrement, lors de mes consultations, des femmes et des hommes victimes de ce que l’on nomme aujourd’hui des pervers narcissiques. La plupart du temps, ils arrivent anéantis, détruits et fortement culpabilisés par leurs partenaires pervers, parfois au bout de nombreuses années de vie de couple, sans réellement comprendre ni ce qui s’est passé, ni comment tout cela leur est arrivé.

Le fait de comprendre qu’ils ont été face un pervers narcissique, dans une relation de « bourreau-victime » est très important pour eux car ils n’en ont pas toujours conscience ou ne savent pas forcément ce qu’est la perversion narcissique, à défaut d’en avoir déjà entendu parler.

Cet article a pour but d’apporter quelques  éclairages, aux victimes mais aussi à toutes celles et ceux qui veulent en savoir plus sur ce sujet.

Les pervers narcissiques

Les pervers narcissiques sont des hommes ou des femmes, même si dans la littérature, on a tendance à parler plus souvent des hommes que des femmes. Dans mes consultations, les hommes, victimes d’une femme perverse narcissique ne sont pas rares!  Les « manipulateurs de l’amour », comme on pourrait aussi les appeler, cherchent  tout d’abord à repérer leur proie puis ils l’abordent, la séduisent et cherchent rapidement à la contrôler. Ce n’est qu’une fois que leur proie est sous leur emprise, sous leur domination, qu’ils se dévoilent et montrent leur vrai visage : celui d’une personne colérique, malveillante, narcissique et destructrice. Malheureusement, à ce stade,  il est déjà trop tard. La proie en quelque sorte déjà envoutée ne s’ est rendue compte de rien. Elle se retrouve désormais dans un  processus de dépendance et le cauchemar va commencer…

La perversion narcissique est une pathologie

Le manipulateur pervers est avant tout un » narcissique ». Il entre donc dans la catégorie des personnalités pathologiques. La manipulation qu’il utilise entraine des effets dévastateurs et systématiques sur ses victimes. Le pervers s’aime et n’émet aucun doute quant à sa valeur prétendue supérieure à celle des autres. Il se targue d’être différent et exceptionnel. C’est une personne hautement égocentrique et pour elle, se remettre en cause est impensable de la même manière que faire preuve d’empathie. Sa perversion provient d’une chosification de l’ »autre ». Cet autre, quel qu’il soit, n’a aucune valeur sauf, bien entendu, comme faire-valoir pour le pervers. Il utilise la manipulation dans le but de détruire l’autre pour se sentir exister lui-même. Son bonheur est de faire souffrir l’autre.

Qui sont les victimes?

On peut aisément décrire les similitudes dans les portraits d’hommes ou de femmes victimes d’un pervers narcissique. En effet, le manipulateur pervers est avant tout un vampire affectif qui se nourrit de l’énergie de sa proie et il/elle aime donc les personnalités qui lui permettent de se remplir de cette énergie là.

Les victimes sont donc toujours des personnes (hommes ou femmes) gaies tolérantes, patientes et généreuses, pleines de vie et prêtes à tout donner par amour, sans jamais rien recevoir en retour. Ce sont également des personnes qui manquent systématiquement de confiance en elles, qui culpabilisent vite et qui, parfois, sortent d’un épisode qui les a fragilisées (deuil, séparation, longue période de célibat, etc)… Le pervers jouera alors le rôle de « sauveur », de « prince charmant » ce qui séduira la proie.

En revanche, il y a des types de personnalités qui le font fuir : celles qui sont trop sûres d’elles ou dominantes mais également les dépressives car il ne pourrait rien en retirer.  Effectivement, on ne peut s’enrichir qu’avec un coffre plein!!! Les victimes du pervers sont par conséquent forcément riches intérieurement. C’est à cette seule condition que le manipulateur pourra s’approvisionner chez l’autre afin de remplir son vide intérieur.

La victime, naïvement, pensera à coup sur avoir rencontré l’homme idéal car le manipulateur pervers est un très bon acteur et sait donc donner à voir ce qui pourra le mettre en valeur et le rendre séduisant aux yeux de sa victime.

Qui est le pervers?

En société le manipulateur pervers est toujours un être charmant, doux, timide, cultivé, etc. C’est le genre de personne qu’on apprécie pour sa discrétion et sa gentillesse. Le pervers se montre toujours prêt à faire plaisir ou à rendre service. Il séduit donc facilement et rapidement aussi bien qu’il détruira par la suite. Mais ça, la victime ne le découvrira que plus tard, dans l’intimité du couple.

Un jour, tôt ou tard dans la relation et de façon imprévisible, il  dévoilera son vrai visage. Le changement, une fois qu’il a lieu, est très rapide et déstabilisant. Il suit le plus souvent un engagement de la part de la victime dans la relation amoureuse (premier baiser, cohabitation, mariage, naissance), ce qui symbolisera pour le pervers narcissique la concrétisation de son pouvoir de séduction et de sa domination. A ce moment là, rassuré, le manipulateur estime que la séduction n’a plus lieu d’être puisqu’il a « gagné » en ayant déjà réussi à séduire l’autre. Ainsi, apparait son vrai visage : le pervers humilie, dévalorise, culpabilise, attaque, reproche et méprise son/sa partenaire.

Quel est son fonctionnement?

Pour mieux fragiliser sa victime, le manipulateur pervers mise sur l’ambivalence, c’est-à-dire qu’ il va alterner des phases de destruction et de séduction. Il passe très aisément du bourreau à la victime, de la victime au bourreau. En agissant de la sorte, il fait naître chez la victime une dépendance affective. En effet, la victime ne sait plus quoi penser, qui elle a en face d’elle et se raccroche à toutes les phases de séduction et de tendresse du partenaire en minimisant, voire occultant toutes les phases de mépris et d’humiliation, dans une tentative de survie psychique.

Elle finit donc par perdre tout repère et tout esprit critique. Du même coup, jour après jour, le manipulateur pervers renforce son emprise et resserre le lien de dépendance. Le plaisir qu’il prend à  déstabiliser sa proie et à la dominer est pour lui immensément jouissif car il a un sentiment de toute puissance.

Pourquoi alors rester et continuer à se faire maltraiter? Souvent, à ce sujet, l’entourage, quand il est au courant de la situation, fait preuve d’incompréhension (« Mais qu’est-ce que tu fais encore avec lui/elle ? » ou encore « pourquoi n’es-tu pas déjà partie si ce que tu dis est vrai »). C’est là que réside tout le savoir-faire du manipulateur pervers car il va encore plus loin, en ne s’arrêtant pas seulement aux humiliations ou dévalorisations. En effet, le plus pervers est qu’il inverse la situation toujours à son avantage, pour mieux culpabiliser l’autre afin de l’affaiblir et le rendre encore plus dépendant.

Exemple:

- Il (victime) lui reproche sa méchanceté, son agressivité ? Elle (perverse narcissique) lui rétorque qu’il la provoque et que ses réactions sont tout à fait justifiées, il n’a qu’à faire des efforts !

- Elle (victime) lui fait remarquer qu’il est toujours de mauvaise humeur ? Il (pervers narcissique) lui répond qu’elle en est à l’origine et qu’elle ne fait pas assez de choses pour qu’il soit plus détendu !

En rejetant systématiquement la faute sur l’autre, le manipulateur pervers installe le doute et la confusion dans l’esprit de sa victime qui finit par se dévaloriser et se déprécier.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le manipulateur pervers n’a pas du tout conscience de sa perversité. En effet, comme il rend l’autre responsable de tout ce qui lui arrive, il n’éprouve aucun remords à détruire puisque que tout est la faute de l’autre selon lui ! En inversant la situation, en se positionnant comme victime, il échappe ainsi à la culpabilité. Certains manipulateurs pervers vont même jusqu’à reprocher à leur partenaire, en toute sincérité et sans le moindre scrupule, ce qu’ils font eux-mêmes (dans un mécanisme de projection sur l’autre). Par exemple : « Tu es agressive avec moi en ce moment » (alors que c’est lui qui est agressif).

Il arrive aussi que le manipulateur pervers suscite inconsciemment chez l’autre un comportement agressif ou violent afin de pouvoir mieux l’accuser par la suite et renforcer sa position de victime. La victime est considérée comme un objet, une chose par le pervers, ce qui fait qu’il n’est ni ému, ni touché par sa froideur et sa méchanceté  envers elle.

Quelles sont les conséquences pour la victime?

Dans ce type de relation, la victime n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle est vidée de son énergie, à bout de force, dévastée et manquant de toute confiance en elle. La dépression n’est absolument pas rare, de même que les suicides. Le stress est chronique et la victime souffre fréquemment de crises d’angoisse. Elle est perdue et finit par s’isoler du reste du monde (si toutefois le pervers ne l’a pas déjà fait), tout simplement parce qu’elle a honte. Malgré cet état de souffrance, de mort psychique, il est extrêmement difficile pour la victime de quitter un manipulateur pervers. L’explication est simple: le pervers ne vous laisse pas partir et il ne part pas non plus. En effet, s’il y a bien une chose que le manipulateur pervers ne supporte pas, c’est que sa proie lui échappe.

Les techniques mises en place pour l’empêcher de partir sont perverses et visent la culpabilité et la dépendance de la victime. Le manipulateur répétera souvent à son partenaire qu’il l’aime et qu’il ne voulait pas en arriver là. C’est qu’il se sent perdu sans plus personne à dominer et à humilier.

Dans tous les cas de figure, c’est toujours la victime qui prend l’initiative de la rupture. Jamais l’inverse. Tout simplement parce que le manipulateur pervers a besoin de sa dose d’énergie vitale, il a besoin de quelqu’un à vampiriser affectivement. Mais aussi parce que l’avantage d’être quitté, c’est qu’il s’attire la sympathie et le soutien de son entourage.

Pour réussir à se débarrasser définitivement d’un manipulateur pervers, il faut faire preuve de courage et se montrer fort, malgré toute la difficulté que cela représente dans ce contexte de fragilisation. Et bien souvent, il  faut du temps pour y parvenir, la première tentative n’est pas toujours la bonne.

En effet, quitter le pervers narcissique, est quelque chose de terriblement difficile tellement les sentiments contradictoires se mêlent. Il y a la peur mais aussi et surtout un amour inconditionnel qui font que partir peut être une déchirure, une chose impensable, malgré tout ce qui se passe chaque jour. Comme si  la vie ne pouvait se poursuivre sans l’autre, même s’il nous détruit un peu plus chaque jour qui passe.

Toutefois, il est possible de réussir à sortir de cette dépendance et de partir. C’est même la meilleure (voire la seule) chose à faire face à un pervers narcissique. Lui ne se remettra jamais en cause, il ne changera jamais. A vous donc de penser à vous… pour vous permettre de vous reconstruire…

Quelques idées de lecture sur le sujet:

- La manipulation affective dans le couple – Faire face à un pervers narcissique de Pascale Chapaux-Morelli et Pascal Couderc

- Femmes sous emprise – Les ressorts de la violence dans le couple de Marie-France Hirigoyen

- Les pervers narcissiques – Qui sont-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ? de Jean-Charles Bouchoux

Le harcèlement moral – La violence perverse au quotidien de Marie-France Hirigoyen

Les commentaires sont clos.