Emmanuelle Drouet

Psychologue clinicienne


Cabinet paramédical
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D.E.S.S. de psychologie clinique

Thérapeute praticienne en TCC - AFTCC

D.U. Troubles du comportement alimentaire

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Pouce, sucette, doudou…

Je souhaite aujourd’hui vous présenter une interview très récente de Maryse Vaillant parue dans le magazine « le journal des professionnels de la petite enfance » de mai/juin 2012. Car en tant que parents, nous nous posons tous des questions sur ce qui est bon ou pas pour notre enfant et, entre autre,  ce qui est le mieux pour lui entre pouce, sucette et doudou!  À vous de vous faire votre opinion. Bonne lecture!

La journaliste : Quelle place doudou, pouce et sucettes prennent-ils auprès des jeunes enfants ?

Maryse Vaillant : Une place essentielle, celle de l’émotion et du réconfort ainsi que celle de l’imagination, et de la créativité. Avec le réflexe inné de la succion, les très jeunes enfants ont trouvé leur pouce et avec lui, le moyen de se consoler et de rêver. Autrement dit, ils constituent un moyen de se préparer à affronter le monde.
Winnicott, pédiatre et psychanalyste anglais, a observé que l’enfant utilise un objet doux et souple le plus souvent qu’il caresse et renifle pour s’endormir ou se consoler. Il a appelé espace transitionnel le monde qui entoure l’enfant et sa mère, le sas qui permet à l’enfant de rêver sa mère, et de l’imaginer en son absence. L’objet transitionnel que l’enfant peut manipuler et caresser, l’aide à habiter l’espace qui le sépare et l’ unit à sa mère, via le monde qui l’entoure.

Doudou, sucette ou pouce… Sont-ils de même importance pour l’enfant ?

M.V: Le doudou est inventé par l’enfant. Il le trouve lui-même, détournant un bout de lange, un jouet mou ou une petite peluche pour son usage personnel. Le pouce qui peut être déjà sucé in utéro vient très souvent accompagner le doudou pour favoriser l’endormissement ou consoler des grandes angoisses. La sucette vient plus tard, c’est une tétine qui est introduite dans la bouche et dans le monde de l’enfant par ses parents, pour le calmer, l’apaiser, l’empêcher de pleurer. Car les parents savent l’effet bénéfique et pacificateur de la succion.

Pouces, doudou et sucettes ont chacun leur usage. Le pouce accompagne l’enfant dans son sommeil ou dans ses pleurs, il lui permet de se recentrer sur lui-même. Le doudou lui  insuffle de la tendresse maternelle et l’aide à se séparer progressivement de sa maman pour aller vers l’autonomisation. La tétine lui donne le plaisir de sucer et cette succion l’apaise. On doit savoir que l’enfant peut faire un usage transitionnel de son pouce ou de sa sucette. Il les utilise où les écarte selon son besoin. Il faut lui faire confiance.

Tous les enfants ont-ils besoin de doudou ? Que penser des enfants qui n’en ont pas ?

M.V: Tous les enfants ont besoin d’un espace transitionnel, c’est-à-dire d’inventer et d’habiter  un sas entre eux et leur mère. Il est des enfants qui se suffisent de leur pouce, ou d’une boucle de cheveux à caresser, ou de leur pyjama, d’un balancement ou d’une comptine. De l’extérieur, on ne sait pas toujours ce qui fait vraiment office de doudou. Mais il est certain qu’un enfant aimé a les moyens de trouver sur lui ou dans son environnement très proche (son corps, ses vêtements, son lit) de quoi se calmer et se rassurer. C’est l’imagination de l’enfant qui lui fait trouver son doudou et qui le fait fonctionner. L’objet lui-même ne fait rien. C’est l’enfant qui lui donne ses pouvoirs car il le nourrit de ses rêves et de ses propres consolations. L’enfant qui n’a pas choisi un doudou de tissu a peut-être choisi un bercement, ou bien il se caresse la joue, ou encore il a donné à son pouce le potentiel d’apaisement dont il a besoin.

À l’entrée en crèche ou  chez l’assistant maternel, le doudou ou la sucette sont réclamés systématiquement aux parents. Cela signifie t’il leur indispensabilité?

M.V: Chez l’assistant maternel ou à la crèche ont lieu des séparations répétées avec les parents. Il est normal que les professionnels pensent à permettre à l’enfant de supporter le mieux possible ces séparations. Le doudou aide à se séparer, la sucette également. Elle permet d’éviter les cris et les pleurs, ce que n’aiment jamais les adultes, parents ou professionnels. On préfère toujours voir un enfant se consoler en suçant son pouce, son doudou ou sa tétine, plutôt que de le voir pleurer les bras ballants, ou pire se roulant par terre. Mais reconnaissons qu’un enfant câliné, pris dans les bras, peut voir partir ses parents même en pleurant un peu. D’ailleurs, tous les professionnels le savent, l’enfant s’apaise bien vite alors que la mère peut partir la larme à l’oeil et le coeur serré est rester angoissée des heures durant. À quand le doudou ou la tétine pour le parent qui a du mal à se séparer ?

Alors que le pouce est trouvé à un moment donné par l’enfant, la sucette est mise dans sa bouche. Dans le premier cas, l’enfant agit et choisit, et pas dans le second. Or il est aussi dit que le besoin de succion des petits est fondamental et que la sucette calme le bébé. Que conseillez alors aux parents ?

M.V: Avant de les conseiller, il faut les rassurer et inciter à faire confiance à leur enfant et se faire confiance. Un enfant a besoin de sucer, il est certain que cela le calme, l’aide à digérer, lui procure le plaisir de la salive et de la déglutition.
Certes, il est préférable qu’il utilise le doudou qu’il s’est inventé, mais une tétine peut lui faire du bien également. Ce qui compte, c’est de ne pas prendre l’objet-tétine (doudou ou autre) pour autre chose qu’un moyen d’apaisement. Cela ne remplacera jamais les câlins, les bisous, les bercements, les manifestations de tendresse et les mots d’amour dont un enfant a grand besoin. Ne pas oublier de dire « au revoir » à son enfant, même au bébé, de lui rappeler l’heure à laquelle on vient le chercher, de le prévenir si c’est quelqu’un d’autre, de lui souhaiter une bonne journée, de le rassurer sur sa propre journée, et de partir sans trop souffrir, voilà ce qui fait du bien et qui peut s’instaurer comme rituel. Car l’enfant a besoin d’un petit rituel de séparation, cela l’aide à avoir confiance et à ne pas trop craindre la séparation.


Il arrive que certains professionnels pensent que l’enfant devrait avoir une sucette ou un doudou, car il en réclame où semble en avoir besoin, alors que les parents ne le souhaitent pas. Faudrait-il suivre l’enfant et répondre à ses besoins ou écouter les parents ?

M.V: Le principe, c’est que les parents décident. Mais le professionnel qui observe l’enfant doit pouvoir et éclairer, les conseiller. Il ne peut pas agir contre l’avis des parents, mais ne peut non plus laisser l’enfant pleurer sans le consoler. Ne pas oublier que l’enfant possède en lui la capacité à s’inventer des objets, des espaces ou des jeux transitionnels, autrement dit susceptibles de l’aider à passer les sas, les transitions.

De plus en plus d’enfants assez grands qui marchent et parlent conservent tout de même leur sucette dans la bouche. Que faut-il en penser ?

M.V: Un enfant ne peut rester branché en permanence sur ce qui ne devrait être utilisé que dans les moments où il se sent fragile. Il faut donc l’aider à quitter son doudou pour les activités de la journée. On peut lui demander de le laisser se reposer, de le mettre dans sa poche, de le confier à un adulte. L’enfant qui marche peut très bien comprendre qu’il y a des occasions propices au doudou et  d’autres où il n’est pas nécessaire, au contraire.
Le doudou ouvre la porte des rêves et des consolations. Les activités de la journée permettent de grandir. Tout enfant est sensible au progrès que représente pour lui le fait de laisser son doudou pour jouer, faire une promenade, ou déjeuner. On peut le rassurer en le laissant ranger lui-même le doudou ou la sucette pour les retrouver au moment de la sieste, s’il a du chagrin ou un coup de fatigue.

La perte du doudou devient parfois un drame familial. Certains parents en achètent plusieurs dans cette éventualité. Quelle est alors la signification du doudou pour chacun d’eux ?

M.V: L’enfant peut comprendre qu’il a un doudou et ses remplaçants en cas de perte. Mais le doudou de substitution ne sent rien. Il n’a pas cette odeur animale qui calme tant l’enfant. Il est donc préférable d’avoir un ou deux doudous presque identiques, régulièrement utilisés, ensemble ou alternativement, ce qui permet de passer à la machine celui sur lequel l’enfant a vomi par exemple. Il ne faut pas oublier qu’un bébé qui n’a pas son doudou peut s’endormir dans un T-shirt ou un foulard qui a été porté par sa mère, sans problème.
Il est inutile de faire du doudou fétiche et il est préférable de ne pas transformer le drame en tragédie. Les parents sont parfois très infantiles lorsqu’il s’agit de supporter les pleurs de leur petit. Un enfant aimé et consolé ne sera pas terrassé par la perte de son doudou. Il vivra certes une épreuve, mais il s’en remettra vite et mieux que ses parents.

N’y -t-il pas des dérives actuelles commerciales autour des doudous et des sucettes ? Quels conseils de bon sens ou de soutien donner aux parents et aux professionnels quant à l’utilisation des doudous et des sucettes ?

M.V: Ne pas confondre consolation et évitement de la frustration. Il arrive qu’on gave l’enfant en voulant lui épargner tout manque, toute peine, ce qui est dangereux, car le petit a pour vocation de devenir grand, donc de connaître la frustration et d’apprendre à la dépasser en créant lui-même des espaces de rêve et d’imagination. Ce n’est pas l’objet qui est transitionnel disait Winnicott, c’est l’usage qu’on en fait. Et l’enfant est capable de faire un usage transitionnel de beaucoup d’objets ou activités de son quotidien.
Les parents et les professionnels peuvent freiner l’emprise commerciale qui tend à faire du doudou un objet fétiche, une potion magique, un médicament, toute chose tendant à calmer l’enfant de l’extérieur, à le combler, à lui éviter le manque et la frustration. Ne pas oublier que le doudou est une création de l’enfant. C’est sa richesse.
Un enfant peut faire un usage transitionnel de son pouce, de son doudou, d’une sucette, du foulard de sa maman, d’une poupée, de n’importe quoi qu’il élira le temps d’un rêve ou d’un besoin de consolation. C’est lui le maître du jeu.

Propos de Maryse Vaillant- Interviewée par Laurence Rameau

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